- Seule épithésiste au Québec, Mme Louise Desmeules figure parmi les trois finalistes de la catégorie Santé du 14e concours Femwes de mérite organisé par la YWCA de Québec. Voici le portrait de cette femme qui, grâce à sa volonté et sa passion pour l’art et l’humain, reproduit certaines parties du visage pour les patients atteints de cancer ou de malformation.
En tant qu’épithésiste au CHUQ, Louise Desmeules crée pour les patients ayant subi l’ablation d’un œil, d’un nez ou d’une oreille, des épithèses qui ressemblent en tout point à la partie manquante. À l’origine, la conception de prothèses faciales à L’Hôtel-Dieu de Québec était réalisée par le Dr Gaston Bernier. Déterminée et animée par son désir d’aider son prochain et sa passion pour l’art, Mme Desmeules se voit confiée cette tâche longuement désirée.
La responsabilité lui est attribuée, mais la partie est loin d’être gagnée puisqu’aucune école n’offre la formation d’épithésiste. Elle doit donc apprendre par compagnonnage, la norme de ce secteur et est rapidement confrontée à la barrière linguistique. Tenace, elle renverse cet obstacle en défi et, grâce à son don pour les relations humaines et le réseautage, crée un partenariat avec des collègues françaises. Ses efforts positionnent maintenant la ville de Québec auprès des deux autres pôles canadiens (Toronto et Edmonton) où des services d’épithésie sont aussi offerts. Au total, une dizaine d’épithésistes œuvrent au Canada et près de trois cents professionnels constituent la communauté mondiale. La province de Québec peut donc, grâce à Mme Desmeules, offrir ce service de pointe si essentiel aux grands défigurés du cancer.
Seule épithésiste au Québec, Louise Desmeules défriche le chemin de cette profession méconnue, trace la voie aux futures professionnelles et vise à assurer une continuité des services advenant son départ. Elle tente donc, depuis nombre d’années, de faire reconnaître son titre par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. En effet, le titre d’épithésiste est absent du registre des nomenclatures des titres d’emploi ou des libellés du réseau de la santé et des services sociaux. Cette reconnaissance aura une influence directe sur la relève et l’avenir de la profession. Pour le bien-être de ses patients, Mme Desmeules souhaite perpétuer et sécuriser la pratique de l’épithésie à Québec.
 Mme Louise Desmeules, M. Germain Bergeron et sa conjointe. M. Bergeron porte une prothèse de nez réalisée par Mme Desmeules.
Les réactions sont unanimes, son travail est d’un réalisme à s’y méprendre. Créative, minutieuse et appliquée, elle ajoute des éléments et autres particularités (petits vaisseaux sanguins, couleur de peau, cils, rides, etc.) afin que l’épithèse du patient se rapproche le plus possible de son visage d’origine.
Esthétiques et confortables, ses créations jouent un rôle déterminant dans la vie de ses patients. Ils redeviennent des personnes « normales », capables de faire l’épicerie et de marcher à l’extérieur sans porter le poids du regard des autres. Les traumatismes du visage sont les plus difficiles à vivre sur le plan psychologique et avec ses épithèses, Mme Desmeules transforme la vie de ses patients. Son expertise leur permet de surmonter cette épreuve, de conserver et de retrouver leur estime de soi. Elle prend en considération les contraintes physiologiques et anatomiques liées aux bouleversements subis et propres à chaque patient. Elle écoute leurs besoins et les rassure afin qu’ils s’approprient leur prothèse et puissent vivre au mieux avec celle-ci.
Mme Desmeules est une pionnière qui stimule le changement par son goût du dépassement. Les pierres qu’elles posent aujourd’hui pour tracer le chemin d’une profession méconnue contribueront certainement à la relève de demain et à la qualité des soins et des services offerts par le système de santé québécois. Son énergie, son sourire et sa disponibilité contribuent à créer un climat de soins agréable pour les patients qui vivent des moments difficiles. Aux yeux de tous, chacune de ses épithèses est une œuvre d’art exposée au quotidien par des patients qui, d’une certaine façon, retrouvent la fierté d’exposer leur visage au reste du monde.
Les lauréates du 14e concours Femwes de mérite organisé par la YWCA de Québec seront connues lors du gala annuel qui aura lieu le 24 mai 2012.
2012-02-13 Article paru dans le CHUQ en action du 15 janvier 2012
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